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 Il mio nome è Nessuno

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MessageSujet: Il mio nome è Nessuno   Mar 1 Nov - 12:23

(HRP : ce RP a lieu avant l'attaque des Indiens)

Musique d'ambiance ?

Début d'après-midi dans le saloon. Ce n'était ni trop calme, ni trop bruyant. Il n'y avait pas de règlements de compte en vue, il n'y avait que des joueurs de cartes qui occupaient à peine quelques tables. Bob était seule à la sienne, personne n'avait envie de s’asseoir à côté d'un gars qui sentait le formol mais cela ne semblait pas le déranger de toute façon. Il souriait tandis qu'il nettoyait sa pipe. Il avait le mur derrière lui, il fit basculer sa chaise de sorte à ce qu'il puisse s'appuyer contre le mur et resta dans cette position le temps de remplir sa pipe de mélange d'herbes et champignons Indien. Nul ne savait comment il se les procurait, certainement pas en allant leur demander puisque Bob détestait les peaux-rouges, peu importe leur tribu.

Maintenant qu'il avait à fumer, il lui manquait quelque chose à boire mais il avait la flemme d'aller commander un verre et sa bouteille personnelle était complètement vide. A côté de lui, à une table voisine, un gringalet qui ne semblait pas savoir ce qu'il faisait là. Bob ne le connaissait pas et il se foutait de savoir quel était son but dans sa vie, mais ce petit gars avait un verre de whisky plein, et pour Bob, c'était la solution à tout ses problèmes du moment, autrement dit, la soif. Il s'approcha lentement du jeune homme et l'interpella.


« Hé, petit. »

Le bonhomme se retourna en direction du croque-mort. Bob lui souffla la fumée de sa pipe en pleine face. Le jeune homme toussa puis vacilla légèrement. Il avait l'air ailleurs et il ne fit même pas attention à Bob qui lui subtilisa son verre, le gringalet ne réagit même pas.
Fier de lui, Bob put enfin boire et fumer comme il le voulait. Au fur et à mesure que le temps passait, il lui prenait l'envie de jouer aux cartes. Il avait son paquet dans la poche, il avait de l'argent à parier, mais ce n'était même pas la peine d'aller rejoindre les autres tables, il risquait de se faire chasser. En vrai, Bob s'ennuyait. Cela faisait un sacré bon bout de temps que personne n'était rentré dans ses pompes funèbres et cela faisait encore plus de temps qu'il n'était pas partie à l'aventure. Non pas qu'il avait besoin d'argent, mais il avait besoin de bouger. De toute manière, s'il avait vraiment besoin d'argent, il voyait bien que le métier qui marchait le plus en ce moment était prospecteur. Chaque jour on découvrait des nouveaux filons un peu partout dans les États-Unis et Bob s'attendait même à ce qu'il y ai également de l'or au Canada... Il avait déjà décidé que sa prochaine destination serait le Canada*.

Comme il n'avait rien d'autre à faire pour le moment, il sortit son vieux colt navy et commença la longue procédure du rechargement de l'arme : nettoyer le canon, doser la poudre noire à mettre au fond du barillet, mettre la balle, tasser le tout avec le levier d'armement puis enfin rajouter les amorces de percussion... S'il faisait tout ce ménage, c'était surtout pour attirer l'attention et avec un peu de chance, il réussirait son coup...


*(La ruée vers l'or au Canada c'est en 1896 donc c'est pas pour tout de suite que Bob va s'en aller ^^)













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MessageSujet: Re: Il mio nome è Nessuno   Mar 1 Nov - 20:36

Putain de temps !
Le soleil s'était décidé à taper fort aujourd'hui. J'ai commencé à travailler tôt ce matin mais malgré ça, la sueur me roule sur les tempes. J'essuie mon front d'un revers de main avant de contempler un moment le travail accompli.
Deux carcasses de veaux vacillent lentement dans la pénombre de l'arrière-boutique. Un éleveur me les a amenés hier au soir. Dès six heures ce matin, je me suis occupé d'eux. Je les ai assommé, saignés, écorchés et vidés. Il ne me reste plus qu'à en faire des quartiers et à faire le tri dans les morceaux. Encore de bonnes heures de travail en perspective. Je reste un moment à caresser la chair sanguinolente, pensif. La viande des jeunes animaux est tendre et agréable à découper. Tout comme les veaux sont agréables à tuer. C'est presque trop facile.
Je jette un drap humide sur les deux carcasses avant de brosser mon établis. Puis je vais m'asseoir sur le parvis de la boucherie, à l'ombre de l'auvent, regardant passer les habitants de Saint-Elmo tout en affûtant mes instruments. Hormis un cow-boy qui traverse le patelin ou une femme affairée, la rue est déserte. J'entendrais presque le bruit des lames contre la pierre résonner. Dommage. Saint-Elmo manque d'animation ces temps-ci. Ça fait longtemps que mes couteaux ne m'ont servi qu'à débiter mes steaks. Décevant. La vermine commence sans doute à comprendre qu'il ne faut pas venir me chercher des noises.
Je retourne pendre mes instruments dans l'arrière-boutique, à l'exception de mes couteaux, que je garde pendus à mon ceinturon. Une façon comme une autre de rappeler qui je suis. Je ne sors jamais à découvert... Je reste un moment à considérer les deux veaux pendus. Non, il fait trop chaud pour s'en occuper maintenant. Ils attendront que je me sois rincé le gosier. Je jette un draps humide sur les bêtes, abandonne mon tablier ensanglanté et ferme ma boutique le temps d'aller m'envoyer quelques verres au saloon.

Là encore, le coin est désert. Une poignée de cow-boys joue au poker ; hormis quelques éclats de voix, personne ne semble très enclin à tirer son Colt. Les pièces glissent sur les tables, les cartes sifflent et s'abattent ; la serveuse nettoie des verres derrière son comptoir. Voilà toute l'animation du Red Dog cette après-midi.
Dans l'ombre, un type se lève. Je reconnais le visage de notre nouveau croque-mort : un homme d'un certain âge à l'allure de coyote, la pipe au bec. Il se penche plus qu'il ne se déplace vers un étranger occupé à boire un whisky et lui crache sa fumée dans le nez avant de profiter de son désarroi pour lui subtiliser son verre. Satisfait, il retourne s'asseoir dans son coin, nonchalamment adossé contre le mur. Le pied-tendre reprend ses esprits avec peine au moment où je passe près de sa table, sans un regard pour cet espèce de crétin.

- Eh, mon verre !...

Il lève un regard courroucé vers moi. Quel con ! Je me demande ce qu'il peut bien chercher ici, en dehors des emmerdes. Je vois sa main chercher quelque chose à sa ceinture, une arme sans doute. Je lui adresse un regard méprisant. Le petit veut faire joujou ! Je glisse un doigt sous le manche d'un de mes couteaux, assez pour que l'autre pied-tendre puisse voir l'éclat de la lame. Il se rassoit sans rien dire. C'est bien. Au moins, il a compris qu'il devrait sagement se la fermer et commander un autre verre.
Sofia Connord me regard en coin un moment alors que je m'accoude au comptoir. Elle sait ce que je commande, je n'ai plus besoin de demander, depuis le temps... Au moment où son insistance commence réellement à m'agacer, je m'aperçois que mes mains sont encore tachées de sang sec jusqu'aux avant-bras. J'adresse un sourire carnassier à Sofia qui, gênée, s'empresse de me servir un whisky sec. Je fais le tour du comptoir, plongeant mes mains dans le tonneau d'eau fraîche qui lui sert à faire la vaisselle et rincer les tables. Effectivement, la vue du sang peut incommoder certaines personnes.
Récupérant mon verre, je vais m'installer à une table, dans le fond de la pièce, dans l'ombre fraîche mais presque en face de l'entrée. De là, je vois tout sans être remarqué au premier coup d'œil. Je m'aperçois alors qu'à la table voisine se tient le croque-mort, toujours en train de fumer, sirotant le verre piqué au gamin. Ça ne fait pas longtemps qu'il est à Saint-Elmo – par rapport à moi, s'entend. Ce n'est pas le travail qui va lui manquer avec toute la sale engeance qui traîne dans les parages. Mais déjà, les rumeurs circulent vite à son sujet. On le dit invivable, mesquin et violent. Un type bien, en somme. Quelqu'un avec qui on pourrait tout à fait parler affaires.
D'ailleurs, je l'imite bientôt : je tire ma pipe de ma poche et je la bourre consciencieusement d'un tabac un peu plus officiel avant de l'allumer et de souffler des ronds de fumée vers le plafond.

- Eh bien Freeman, on manque de cadavres, à ce que je vois ?

C'est juste une phrase lancée comme ça, presque au hasard, ironique et murmurée. Mais le silence est si complet dans le saloon que le croque-mort ne manquera pas de m'entendre. Absorbé par ma pipe et mon verre de whisky bien mérité, je ne prête pas attention aux quelques regards qui se tournent vers moi. Les gens n'aiment pas m'entendre parler de morts. En général, les actes suivent souvent les paroles...

(j'espère que ça te va ?)
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MessageSujet: Re: Il mio nome è Nessuno   Mer 2 Nov - 12:43

(bien sûr que ça va Smile )

Avec son petit numéro de tout à l'heure avec le jeune homme et son arme posé au milieu de la table, Bob avait attiré l'attention comme il le souhaitait. C'était Bill, le boucher, qui l'avait interpellé. Le croque-mort l'avait déjà entraperçu une ou deux fois Bill mais n'avait jamais pris le temps de lui adresser la parole. Il le connaissait de vue tout au mieux... Saint-Elmo étant de taille moyenne, tout le monde se connaissait plus ou moins. Sa phrase d'accroche fit tousser Bob et le fit sourire également alors que ce n'était pas tellement une phrase qui se prêtait au rire. Tout deux avaient un point commun : comme il venait de le citer, ils voyaient tout deux des cadavres à longueur de journée même si bien sûr ils étaient de nature différentes, sauf si Bill devait s'occuper de porcs, là on y voyait des similitudes.

« C'est pas la peine que tu me prêtes les tiens... Leur famille me rapportent pas d'argents du tout... Mais vient donc t'asseoir coyote. »

Ce n'était pas une invitation des plus charmantes, surtout avec un flingue posée en évidence sur la table. Conscient de ce que cela représentait, Freeman rangea son arme tout en fixant le boucher tandis qu'il vint s'asseoir. Ce n'est pas qu'il considérait Bill comme un ami ou même un ennemi, mais il semblait être plus dégourdi que les autres et puis après tout, c'était le seul qui lui avait adressé la parole depuis des jours, autant se montrer un peu moins désagréable que d'habitude. Freeman s'était installé à Saint-Elmo pour être tranquille, mais il se disait qu'il devrait commencer à trouver des gens de confiance le jour ou il aurait des ennuis. Le boucher pourrait remplir ce rôle pourquoi : les mains ensanglantées, les outils de travail visibles, Bill avait une certaine allure et une carrure impressionnante et il pourrait être un allié potentiel.

« Tu parles de moi, mais toi non plus t'as pas l'air de travailler là ! La ville est à cours de viande ou bien tu prends des vacances ? »

Peu à peu, le Saloon commençait à se remplir, il y avait enfin un pianiste et des danseuses pour animer cet endroit et cela était relativement plaisant même pour un croque-mort pourtant habitué à la morbidité et à une ambiance glauque... Bob se disait que le boucher pouvait penser à la même chose.

« Nan comme tu dis, en ce moment c'est la misère... Y'a bien eut ce fermier transpercé par une flèche y'a deux semaines que sa femme à ramené puis depuis plus rien... Ah ouais y'a eut ces frangins Mexicains qui voulait des funérailles pour leur père mais là j'ai dit non. Pas question de mettre de la viande sale dans le sol de notre beau pays Américain... Quelle bande de... Ils se croient tout permis à passer la frontière... »

Bob toussa une nouvelle fois, il avait un peu forcé sur la dernière bouffée. A l'odeur, ce qu'il semblait fumer paraissait très puissant et très exotique, mais pourtant cela ne semblait pas tellement affecter Bob. Il avait toujours l'air d'avoir ses esprits et ses yeux étaient toujours blancs. A croire que depuis le temps il s'était habitué à son mélange...

« Mais assez parlé de moi, parlons de toi... Quoi de beau pour toi ces temps-ci ?»


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MessageSujet: Re: Il mio nome è Nessuno   Ven 4 Nov - 21:13

Freeman se retourne vers moi, toujours environné de son nuage de fumée âcre et entêtante. Il me fixe en coin, ricanant à la phrase que je viens de lancer. Enfin quelqu'un qui a sans doute un minimum de sens de l'humour. Je méprise ceux qui n'aiment pas parler de la mort, qui ne goûtent pas à mes blagues sur les cadavres et le sang. Ils finiront tous entre quatre planches, bouffés par les vers et, avec un peu de chance, refroidis proprement. Autant qu'ils s'y habituent tout de suite !
La phrase du croque-mort me fait franchement sourire. Ce type me plaît bien. Avec lui, on pourra sans doute parler sérieusement.

- C'est pas sûr, mon gars...

Les joueurs de poker, à quelques pas de là, affectent de n'avoir rien entendu et contemplent leurs cartes avec beaucoup d'attention. Freeman ne me connaît pas encore mais pour un habitué de Saint-Elmo, le sous-entendu est évident. J'ai tué d'avantage de bêtes que d'humains mais ces derniers occupent parfois une part non négligeable de mon activité. Pas que je bosse comme chasseur de primes, non. J'aime seulement qu'on respecte mes lois. Certains disent même que si on ne trouve pas de cadavre, c'est parce qu'ils finissent en côtelettes ou en salaison. Quelques-uns me l'ont dit en face et ne s'en sont pas relevés. Les autres... Je suis irréprochable sur ma marchandise. Mais rien ne les a jamais démentis...
Avec une lenteur calculée, je repousse ma chaise avant de rejoindre Robert. Le silence, dans le saloon, devient presque pesant. C'est tout juste si je n'entends pas les cervelles de nos misérables concitoyens se demander s'il ne vaut pas mieux foutre le camp plutôt que de rester dans les parages d'un boucher et d'un fossoyeur. Quand ça commence à sentir le cadavre, le petit peuple décampe.
Freeman ne me quitte pas des yeux pendant que je m'installe à sa table. Il a le bon goût de ranger sagement son arme. Je veux bien être aimable avec les nouveaux arrivants dans notre belle commune, mais ils doivent y mettre du leur. Et pas seulement en faisant des blagues sinistres. Nous restons silencieux un moment. Le type a l'air hargneux, irascible, et même porté sur la gâchette si on vient l'emmerder. Une sorte de charognard solitaire. Avec un peu de tact, je pourrais peut-être en obtenir quelque chose le moment voulu. Un allié potentiel, sans doute. Un type qui montre ses armes et qui rabroue son monde ne rechigne pas à se salir les mains si on sait le lui demander.
Je tire la chaise avant de m'asseoir, les pieds croisés sur la chaise vide d'à côté, posté en face de la porte. Verre à la main et pipe au bec.

- Non, ce n'est pas le boulot qui manque... Ce genre de cadavre, j'en ai deux qui m'attendent, pendus dans mon atelier. Ils m'en voudront pas si je les fais attendre le temps d'un verre ou deux !

Pendant ce temps, la chaleur attire d'autres citoyens dans le saloon, bien moins regardants à notre présence. Le propriétaire va chercher une ou deux de ses filles et un des joueurs de poker s'en va s'installer au piano. Il commence à jouer un air texan et les deux danseuses montent en scène, chantant et faisant virevolter leurs jupons. Je ne peux m'empêcher de sourire. Le patron du Red Dog est ferme sur ce point : on ne touche pas à ses filles, c'est le boulot de Miss Bee. Mais certaines ne sont pas très regardantes et même, plutôt faciles à convaincre quand on y met les bons arguments...
Je glisse un regard à Freeman. Avec son air buté et son regard sombre, il a vraiment la gueule de l'emploi et on pourrait croire que la seule excitation de sa vie tient en ses seuls cadavres.
Je reste à songer quelques instants sur la dernière phrase du croque-mort alors que celui-ci se met de nouveau à tousser comme un vieux cheval emphysémateux. L'odeur de son tabac est écœurante ; il doit fumer cette merde depuis un moment pour ne pas se retrouver complètement sonné comme le pied-tendre de tout à l'heure. Si j'avais encore des doutes, ce n'est maintenant plus la peine : avec son accent et son mépris des Mexicains, Freeman est loin d'être un Yankee. Je laisse échapper quelques ronds de fumée avant de répondre. Toujours prudent. Toujours ironique. Aux autres d'entendre ce qu'ils veulent...

- Les Mexicains pensent encore que le Colorado leur appartient. Mais cette putain de terre est américaine, on a versé notre sang pour elle, alors qu'ils restent chez eux !

De toute façon, les Mexicains ne savent pas se battre. Je ne parle pas d'un quelconque plan de bataille, ça c'est l'affaire des têtes pensantes qui ne mettent jamais le cul sur un cheval de cavalerie. Mais un soldat mexicain, ça se tue facilement. Leurs armes sont mauvaises, ils n'ont pas de courage. Combien j'en ai éventré sur le champ de bataille ? Je ne compte plus. C'était presque trop facile. Enfin, à une ou deux exceptions près... Machinalement, je frotte mon flanc gauche du bout des doigts. La plus cruelle des balles mexicaines, celle qui a loupé mon cœur de peu. Celui qui l'a tirée ne s'en est pas relevé mais j'ai bien failli y rester aussi.

- Mais t'inquiète pas Freeman, tu resteras jamais au chômage bien longtemps. Y'a toujours des têtes dures à qui il faut apprendre deux ou trois choses...

Comme ce pied-tendre qui a repris ses esprits depuis un moment et qui fixe le croque-mort avec animosité. La musique et les jupes des filles du Red Dog n'ont pas l'air de le calmer et je pense qu'il va y avoir du rififi avant peu. Tant mieux. J'ai bien envie de tâter d'autre viande que les deux veaux qui m'attendent. Souriant toujours, je finis mon whisky cul sec.

- En tout cas, tu t'es pas fait un ami, Freeman... je ricane en faisant un vague geste en direction du gamin.
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MessageSujet: Re: Il mio nome è Nessuno   Ven 11 Nov - 11:32

Bill se montrait de plus en plus sympathique... Enfin la conversation était possible avec lui tout du moins. Bob se disait "tant mieux". Toute sa vie il n'avait prit le temps de se poser quelque part et de se consacrer aux modalités de la socialisation. Les seuls véritables amis qu'il avait eut, il les considérait comme ses frères, il s'agissait bien évidemment de ses compagnons soldats, que ce soit pour les guerres séminoles ou pendant la guerre civile... Mais tout ces gens... La plupart était morts, d'autres s'étaient volatilisés du jour au lendemain, ils étaient rentrés chez eux à l'autre bout des États-Unis, certains étaient même partis en Europe. Tout ceci était bien loin maintenant et le monde semblait ne plus être le même. Tout changeait très rapidement dans ce pays, l'évolution était en marche, Bob n'aurait pas le temps de voir le résultat, il sera déjà mort. Mais pour lui ça ne changeait pas grand chose, il avait déjà l'impression de ne plus faire partie de ce monde, il était trop vieux, il n'avait plus sa place ici...
Bill insista sur le fait que l'imbécile de tout à l'heure montrait ses dents en direction de la table du boucher et du croque-mort.


« Nan je me suis pas fait un ami en effet... Par contre, je me suis fait peut-être un client potentiel ! Toujours voir les choses du bon côté ! »

Petit trait d'humour cynique, Bob était passé maître dans l'art de cet humour là. Comme d'habitude cependant, il ne plaisantait qu'à moitié puis que même Bill put entendre le clic du percuteur que Bob venait d'armer. Ainsi il n'avait pas vraiment rangé son arme mais il l'avait juste posé sur son genou. Son visage n'avait pas changé cependant, Bob souriait légèrement et regardait la table. En vérité, Freeman n'avait aucunement envie d’abattre le pieds-tendre là maintenant, dans le saloon, en plein après-midi. Dans un premier temps, il n'en valait pas la peine : le jeune homme venait d'arriver en ville plein d'ambition mais un revolver acheté d'occasion et donc probablement défectueux. Dans un deuxième temps, il ne voulait pas aggraver son cas. Des règlements de compte, il y en avait quasiment tout les jours à Saint-Elmo mais pas en public comme ça et encore moins dans un saloon. S'il avait armé son flingue, c'était bien évidemment pour se défendre. Si le jeune avait vraiment l'intention de se battre, Freeman attendrait qu'il le provoque en duel à l’extérieur du saloon, ça fera déjà un règlement de compte plus propre... Façon de parler pour Bob...

« Mais je l'ai à l'œil, t'inquiètes... S'il veut faire ça dehors, ça ne me dérange pas... S'il veut faire ça dedans ça sera pas évident mais ça se fera... Et s'il veut pas faire ça du tout, alors son espérance de vie passera à 30 ans... »

Bob avait finit sa pipe. Il la rangea rapidement dans une poche de sa veste, celle ou sa fausse montre en or pendait. Conscient que sa mixture donnait une très mauvaise halène, Bob essaya de ne pas souffler quand il parlait et plaça son visage de façon à ne pas avoir Bill en face de lui.

« Comme une andouille ça fait une semaine que je mange des haricots sans lards... Si tu me fait un prix, je passerai sans doute te voir et t'en prendre un petit kilo...»

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MessageSujet: Re: Il mio nome è Nessuno   Dim 13 Nov - 21:29

Je ricane doucement à la plaisanterie pleine d'humour noir du croque-mort. Je doute qu'il ait besoin de provoquer un type en duel pour devoir creuser sa tombe mais son cynisme est plaisant. Il n'y a pas beaucoup de monde pour blaguer avec la mort, encore moins en ma compagnie. Ils savent tous comme j'aime passer du second au premier degré.
J'entends un cliquetis caractéristique. Pas besoin de glisser un œil sous la table : j'ai vu le geste de Freeman, comme j'avais pu noter qu'il ne s'était pas empressé à rengainer son arme lorsque je l'ai rejoint. J'ai survécu 43 ans et je compte bien en survivre encore une bonne quinzaine, alors le bruit d'un flingue que l'on arme comme le plus petit geste vers une crosse font partie des choses que mes sens remarquent à la fraction de seconde près. Pour un habitant de Saint-Elmo, j'ai eu une longévité exceptionnelle. Un œil d'aigle et une main impitoyable, voilà les seuls ingrédients qui permettent de survivre dans ce patelin.
Apparemment, le jeunot n'a pas l'air d'avoir eu vent de ce genre de leçon. Il fixe le fossoyeur sans la moindre discrétion. Il aurait hurlé à travers le saloon qu'il voulait descendre Freeman que cela n'aurait pas été plus évident. Écarlate, j'entendrais presque les rouages de son esprit tourner à toute vitesse alors qu'il lorgne sous notre table pour essayer de voir ce que Robert fait de son arme. Les filles du Red Dog ont beau brailler, le piano sonner d'une voix de fausset, le jeune freluquet a décidé de faire preuve de courage. Du moins, ce que son esprit faible qualifie de « courage » et que quelqu'un de sensé appellerait « folie ». Car qui oserait jouer les fortes têtes face à moi ? Les gens de Saint-Elmo l'ont compris depuis un moment : ce n'est pas parce que je ne porte pas d'étoile jaune que je ne sais pas faire régner la loi. Ma loi.
Le croque-mort, à mes côtés, lâche lentement son flingue, presque avec désinvolture, avant de retirer sa pipe éteinte de sa bouche et de la nettoyer avec un cure-dent, époussetant de temps à autre les copeaux de tabac noirci qui tombent sur son veston. Le gamin est tendu comme la corde d'un arc ; les joueurs de poker ralentissent le ballet de leurs cartes et nous coulent des regards faussement désintéressés. L'allusion à sa pénurie de viande, dite avec un naturel sincère, achève de plomber délicieusement l'ambiance.
Je regarde Freeman en coin. Son assurance tranquille, son cynisme, sa froideur agressive d'observateur distant en font un bon allié. Mais pour parfaire le tableau, il va falloir qu'il apprenne que la charité, ce n'est pas mon fort. Que je suis tout à fait porté sur les négociations et le commerce mais qu'il faut savoir y mettre le prix. Je lui adresse un sourire de loup, lissant ma moustache du bout de l'index.

- Je fais déjà des prix défiant toute concurrence vu la qualité de ma viande... Mais je suis prêt à négocier. Tout dépend de ce que tu m'offres en échange, Freeman.

Et la maison ne fait pas crédit, je songe. C'est ça, le rêve américain, le Far West. Marche ou crève. La liberté de tout obtenir, tant que vient le prix ou que la poudre paie à ta place. Certains ont payé cher de m'avoir floué sur les comptes, d'avoir essayé de me voler ou simplement de marchander en ma défaveur. Je n'irai pas m'en vanter auprès du croque-mort, non. Je préfère laisser la population le lui chuchoter à l'oreille.
En tout cas, les palabres seront remis à plus tard : rassemblant ce qui ressemble pour lui à du courage, le blanc-bec se décide à dégainer son arme. Enfin, à essayer. J'aperçois son geste de loin, le glissement précipité et tremblant de sa main à sa ceinture. Ce con, il est capable de faire tomber son arme. Il l'a sans doute posée sur son genou, ses deux mains à plat sur la table frémissant de l'envie de s'en saisir pour de bon. Mais s'il y a bien une chose que je déteste, c'est qu'on me dérange quand je n'en ai pas envie. Putain, je suis prêt à assister au spectacle, mais assis au frais près de la fenêtre du saloon. Pas à devoir éviter les balles perdues. Je me lève vivement et traverse la place en trois enjambées. Le morveux veut s'emparer du pistolet qu'il a posé sur sa jambe. Je suis plus rapide : j'entrevois l'éclat de ma lame dans son regard effrayé et stupide. D'un geste, je cloue sa main rampante sur la table, tournant le couteau pour le plaisir de sentir ses os se briser et de l'entendre hurler de douleur alors que le sang se met à suinter de son poignet épinglé comme un papillon.
Là, je peux l'observer de plus près. Un crétin sans le sou venu de la ville, qui s'imaginait vivre d'excitantes aventures dans le Wild West. Trop bien né pour avoir jamais senti la faim et la peur le tarauder. Trop mal né pour ne pas avoir besoin de se prouver quelque chose. Avec sa tronche de col-blanc, ses chemises propres et son pistolet d'occasion, il est pitoyable. Un méprisable avorton que je laisse à Freeman.
Je l'empoigne par le col tout en arrachant le couteau de la table – et de sa main. La terreur dans son regard est savoureuse.

- On sort pas son flingue au saloon, gamin. Et quand on a un problème avec quelqu'un, on règle ça proprement. Dehors.

Avec un petit plaisir intérieur, je traîne le pied-tendre jusque sur le perron avant de l'envoyer valser dans la rue poussiéreuse et déserte, écrasée de soleil.
La musique s'est arrêtée, le bruit des cartes aussi. Les joueurs de poker ne peuvent plus feindre de ne rien voir ; s'ils approuvent mon geste, ils se gardent bien de le montrer et se contentent de regarder tour à tour Freeman – avec suspicion – le gosse – avec mépris – et ma lame ensanglantée. Je m'adosse au chambranle de la porte, soufflant toujours un nuage de fumée grise, le couteau tournant nonchalamment entre mes mains. Là. J'aime bien avoir la meilleure place au spectacle.
Le gamin se relève, grimaçant de douleur. Je lui lance son flingue comme un os à un chien. Il risque d'en avoir besoin.

- Vas-y, Freeman. Ne le fais pas attendre. Ce cher petit a deux ou trois choses à apprendre. Et toi, du boulot en prévision !
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